Clairac

L’histoire du village de Clairac, petite bourgade de 2600 habitants bâtie au bord du Lot, est indissociable de celle de sa célèbre abbaye bénédictine. Sa renommée internationale a d’ailleurs influencé au Moyen-âge les domaines politiques, religieux, littéraires mais aussi gastronomiques.

La fondation légendaire de l’abbaye fait remonter son établissement au VIIIe siècle par Pépin le Bref. Une autre tradition veut que son fils Charlemagne y vainquît une armée maure. Comme la lumière divine s’attardait sur le champ de bataille et soulignait la défaite de l’Ennemi, Charlemagne aurait donné à l’abbaye toute proche le nom de « Clara Luce » qui serait devenu Clairac.

La prune d’ente :

C’est en effet aux moines de Clairac que les Agenais doivent leur fameux pruneau. Originaire de Syrie et ramené peu après les Croisades dans le sud-ouest, le prunier de Damas aurait été « enté » (greffé en vieux français) par les moines de Clairac sur des pruniers locaux, créant ainsi la prune Datte ou prune d’Agen. Le nom de prune d’Ente n’apparut pour la première fois qu’au XIXe siècle.
Le séchage de la prune au soleil, que les moines de Clairac auraient également découvert, permettait de conserver le fruit sur de longues durées tout en gardant ses qualités nutritives. Ainsi naquit le « pruneau d’Agen », du nom du port d’où ce produit était commercialisé.

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Clairac - Prune d’Ente

L’abbaye de Clairac :

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Clairac - Abbaye Bénédictine

L’abbaye de Clairac, ainsi que le bourg qui s’était constitué autour de ses murs, connurent leur apogée entre le XIIe et le XIIIe siècle. Selon certains textes, on comptait alors 120 moines qui travaillaient aussi bien aux champs que comme copistes de manuscrits. L’abbé de Clairac était aussi le seigneur du village et commandait deux bastides, cinq prieurés et une cinquantaine de paroisses. Les moines possédaient en outre deux moulins sur le Lot, l’un à grain, l’autre à foulon pour battre les draps. Les revenus dégagés par l’Abbaye de Clairac étaient alors considérables.
L’ensemble monastique comprenait l’abbatiale Saint-Pierre, de plan bénédictin, fondée à la fin du XIIe siècle, ainsi que des bâtiments conventuels tels que la bibliothèque, le réfectoire et la salle capitulaire.

Pendant la guerre de Cent ans, le village fut plusieurs fois assiégé. Les villageois comme les moines abandonnèrent un temps le site au XIVe siècle. Mais c’est surtout durant les guerres de Religion, que l’ensemble monastique eut le plus à souffrir.
En effet, Clairac au XVIe siècle n’est plus le chantre de la vie monastique mais celui de la Réforme protestante au point que l’on qualifia le bourg de « Genève de l’Agenais ». Sous l’abbatiat de Gérard Roussel, les moines se marièrent, brûlèrent les objets sacrés et n’hésitèrent pas à abattre une grande partie de l’église dont il ne reste plus aujourd’hui que le bras nord du transept et son absidiole. En 1560, Clairac accueillit même un synode à l’initiative de Théodore de Bèze, l’un des premiers théologiens protestants. Le village prit alors pour devise « Clairac, ville sans Roy, soldats sans peur » et fut entouré de fortifications.

Les maisons en pans de bois

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Clairac - Maison Montesquieu

On conserve de cette époque de nombreuses maisons en pans de bois comme celle du notaire Bertrand dont l’ossature est formée de poteaux de bois, verticaux ou en arêtes de poissons, raidis par un hourdis de briquettes. Le début du XVIIe siècle laisse entrevoir une période de prospérité pour la ville qui se traduit par de nombreux aménagement tels que ceux du port sur le Lot ou encore la restauration du lavoir du Moyen-âge appelé la « Font Grand ». C’est à cette période également que l’abbaye commence à cultiver ses premiers plans de tabac.

Avec le règne de Louis XIII, l’opposition entre Catholiques et Protestants reprend de plus belle. Clairac se révolte contre Richelieu et le roi lui-même vient assiéger le village dont les fortifications sont anéanties en 1621. La révocation de l’édit de Nantes oblige ensuite les Protestants à se réunir en secret.
A la Révolution, le chapitre de l’abbaye de Clairac est dissout et toutes ses rentes et privilèges sont abolis. Au XIXe siècle, l’intérieur de l’église est rénové en style néo classique. Des peintures du peintre italien Masutti, qui a œuvré dans de nombreux édifices du Val de Garonne, furent réalisées vers 1936.

La fabrication des pruneaux

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Pruneau d’Agen

La tradition de la fabrication de pruneaux s’est perpétuée aux alentours de Clairac et au bord du Lot où de nombreux pruniculteurs se sont installés. De nos jours, à Laffite-sur-Lot, on peut découvrir la Maison du pruneau, entreprise familiale depuis quatre générations, ou encore la Ferme Bérinot-Martinet et son Musée du pruneau, qui présente, en visite commentée, une vaste collection dédiée à cette culture séculaire.

L’Abbaye des automates, le musée du train et la forêt magique sont fermés depuis 2006.